Le café : pierre angulaire du Jardin des Plantes de Paris
- Fort de Café

- 20 avr.
- 4 min de lecture
Si le Jardin des Plantes de Paris attire des milliers de visiteurs curieux chaque année et réjouit les passionnés de plantes, c’est en partie grâce au café ! C’est en effet après avoir reçu des Hollandais un plant de café que le Louis XIV a ordonné la construction d’une serre au Jardin Royal de Paris, le futur Jardin des Plantes. Petit tour d’horizon de l’histoire du caféier en France.
Le caféier comme trophée diplomatique
Dès la signature du Traité d’Utrecht mettant fin à la guerre de succession d’Espagne en 1713, il est fait cadeau au roi Louis XIV d’un jeune plant de café par le bourgmestre d’Amsterdam. Le café en est alors à ses premières incursions sur le sol européen, où il est célébré pour sa rareté et ses qualités prestigieuses. Le roi le confie aussitôt au Jardin Royal, futur Jardin des Plantes, où une serre est érigée pour protéger le fragile plant. C’est l’une des pierres angulaires du Jardin des Plantes que l’on connaît aujourd’hui.
La première description occidentale du café

C’est à Antoine de Jussieu, botaniste de l’Académie royale, que l’on doit la première description occidentale du café, qui date de 1715. Il se base sur le précieux plant de café reçu par le roi pour construire ses observations. Ses dessins et commentaires rapportent des fleurs blanches éphémères au parfum marqué, auxquelles succèdent les fruits, baies vertes puis rouges en fin de maturation, formées de deux grains enveloppés d’une pulpe épaisse. Sans doute séduit (et trompé !) par l’odeur des fleurs, il commet l’erreur de voir dans le café le jasmin d’Arabie (le Jasminum arabium).
C’est en 1737 que cet écueil est rectifié par le naturaliste suédois Carl von Linné, qui reconnaît l’originalité botanique du café en créant le genre Coffea, avec une seule espèce alors connue : le Coffea arabica.
Ce qu’on appelle communément “café” regroupe en réalité une quantité considérable d’espèces et de variétés différentes. Derrière le genre Coffea, on retrouve près de cent espèces dont seule une poignée est cultivée pour la consommation. Les plus célèbres sont le Coffea arabica et le Coffea canephora (communément appelé “robusta”). Retrouvez notre article sur ce sujet.
La base d’une culture sur le territoire d’outre-mer
Rapidement, on admet que le caféier ne pourra prospérer dans des conditions optimales sur le sol parisien. Sous Colbert, la France comprend également tout l’intérêt que ses colonies pourraient retirer de la culture du café. Il est alors décidé de l’introduire dans les possessions antillaises de la France. L’une des tentatives les plus légendaires est le voyage du Capitaine dieppois Gabriel-Mathieu de Clieu, qui se voit confier un plant pour l’une de ses expéditions outre-mer.
L’épopée grandiose du Capitaine de Clieu

Cette épopée tient lieu de l’une des plus grandes légendes françaises du café. Lors de son voyage pour la Martinique en 1723, le capitaine aurait en effet protégé le fragile caféier contre la curiosité des membres de l’équipage, les attaques de corsaires et les intempéries, parfois même au risque de sa vie. Bien vite à court d’eau potable, de Clieu aurait partagé sa maigre ration quotidienne d’eau avec le plant pendant plus d’un mois pour lui assurer la survie, au péril de la sienne,
Enfin arrivé à la Martinique, il a planté l’arbuste dans son jardin. De Clieu surveillait constamment la croissance de son caféier et replantait les fruits mûrs au fur et à mesure. On rapporte ainsi que c’est avec ces semences qu’ont été créées pratiquement toutes les plantations des colonies françaises, ainsi que celles d’Amérique du Sud et d’Amérique Centrale. Ce mythe a forgé la grandeur de la culture de café dans les territoires français d’outre-mer et aurait permis la propagation du café dans plusieurs îles des Antilles.
Un café prestigieux : le Bourbon pointu de la Réunion
Le plus bel exemple de café français a pris forme sur l’île de la Réunion, appelée île Bourbon jusqu’en 1793. C’est ici que des graines en provenance du Jardin Royal ont été plantées dès 1715, donnant progressivement naissance à une variété locale qu’on appellera le Bourbon pointu. Il prospère sur les pentes arides et le climat tropical de l’île.

Largement cultivé pendant longtemps, sa culture est peu à peu tombée en désuétude au profit de celle de la canne à sucre. Désormais, on trouve quelques dizaines d’exploitations sur l’île de la Réunion qui redonnent ses lettres de noblesse au si précieux café Bourbon. Cette variété d’Arabica s’est ensuite répandue au Brésil au milieu du 19e siècle, puis en Amérique du Sud et centrale, subissant des croisements avec d’autres variétés de bourbon issues d’Inde et d’Ethiopie.
Le café français aujourd’hui
Il est toujours possible d’observer un plan de caféier dans les serres du Jardin des Plantes de Paris. C’est davantage un plant d’apparat qu’une plante destinée à la production, mais il offre un joli exemple de caféier aux regards des passionnés !
Le Bourbon pointu de la Réunion fait partie des plus prestigieux au monde. En 2007, la Specialty Coffee Association (institution chargée de la promotion du café de spécialité) a reconnu ce café comme premium. Il est réputé pour ses qualités organoleptiques d’une grande richesse et un résultat en tasse très raffiné, doublé d'une faible teneur en caféine.
N’oublions pas les Antilles françaises, qui ont constitué pendant un temps un territoire de production de premier plan. C’est à la Martinique que l’épopée légendaire du Capitaine de Clieu accouche d’un caféier, initiant la culture caféière dans les Antilles et plus largement dans les Caraïbes. Notons néanmoins qu'aujourd'hui beaucoup de caféiers ont disparu, notamment remplacés par la culture de la canne à sucre (comme en Martinique ou à la Réunion). Bien que délaissé plus tard au profit de la culture de la canne à sucre, plus rentable, le café a constitué un chapitre essentiel des Antilles françaises que certains producteurs tentent aujourd’hui de réimplanter.
En résumé :
Le café a constitué un jalon précieux dans la construction du Jardin des Plantes. Il est toujours possible d'observer un plant de caféier dans les Grandes Serres.
L'histoire française du café ne s'est pas arrêté à ça : il a très vite été décidé de l'envoyer dans les possessions françaises pour le faire fructifier. Cette épopée a donné lieu à l'une des variétés les plus prestigieuses qui soient : le Bourbon pointu de la Réunion.




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