L’histoire méconnue du café interdit en Italie
- Fort de Café

- 5 mai
- 3 min de lecture
Le café est un pilier de la culture italienne, au point qu’il soit difficile de concevoir le pays sans un bel espresso. Au milieu du 20e siècle, il a pourtant fait partie des produits interdits, conséquence d’une relation compliquée avec le régime fasciste de Mussolini. Retour sur ce chapitre méconnu de l’histoire italienne.
Plusieurs vagues d’interdiction
Rappelons que partout où il a été introduit, le café a failli être interdit par le pouvoir en place. Au 16e siècle, des chrétiens fervents avaient incité le pape Clément VIII à condamner cette “boisson du diable” au nom de l’Eglise. Avant prendre position, le souverain pontife aurait souhaité goûter le café, et séduit par sa saveur, lui aurait accordé une bénédiction symbolique. Malgré plusieurs assauts répétés, le café a gagné sa place pour durablement intégrer les pratiques et les traditions (retrouvez cette histoire mouvementée ici).
Le chapitre récent de l’interdiction du café en Italie est en revanche plus méconnu, tant cela semble inenvisageable. C’est à la Seconde Guerre mondiale et à Benito Mussolini, chef du gouvernement fasciste italien, que l’on doit cet épisode.
Le café interdit : conséquences du régime fasciste
Dans l’Europe bouleversée de la Seconde Guerre mondiale, l’Italie fasciste de Benito Mussolini a subi un important isolement économique, amorcé dès 1935 après l’invasion de l’Éthiopie et les sanctions imposées par la Société des Nations. Au fil des années de guerre, les importations se sont fortement raréfiées, et des produits comme le café sont devenus difficiles à obtenir.

Dans les faits, le café ne disparaît pas totalement, mais il se fait rare, souvent remplacé par des succédanés comme l’orge. Cette réalité apparaît dans le Soldier’s Guide to Italy (le guide des soldats pour l'Italie), un manuel distribué aux soldats britanniques et américains déployés sur la péninsule. Conçu pour donner des repères pratiques sur la vie quotidienne dans le pays, ce livret mêle observations culturelles et conseils pratiques.
On y apprend notamment que les cafés, avec leurs tables en extérieur durant les mois chauds, constituent des lieux de sociabilité importants. Mais le guide précise aussi, de manière frappante, que les soldats risquent de ne pas y trouver de café, celui-ci étant présenté comme « interdit depuis la guerre ». Cette formulation reflète l’expérience d’une pénurie généralisée d'un produit devenu rare, au point de paraître interdit de commerce aux particuliers.
D’autres produits sont également mentionnés comme absents ou fortement restreints (les biscuits et les glaces), tandis que des denrées de base comme le pain, les pâtes (désignés comme les « macaronis »), le sucre ou la viande font l’objet d’un rationnement strict. Le document offre ainsi un aperçu concret du quotidien italien vu à travers le prisme des besoins et des attentes des soldats alliés.
Il est difficile de déterminer précisément à quel moment le café a retrouvé une place normale dans la vie quotidienne italienne après la guerre. En revanche, une chose est certaine : loin d’avoir disparue totalement, la culture du café en Italie va non seulement se reconstituer, mais aussi s’affirmer comme un modèle dans le monde entier. Dans les décennies qui suivent, le café « à l’italienne » s'est imposé progressivement comme une référence bien au-delà de la péninsule.
En résumé :
L’interdiction officielle du café en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale est l’une des facettes les plus représentatives des conséquences du conflit armé sur la population. C’est notamment suite à cet épisode que des succédanés ont été mis en place, comme le fameux café d’orge (le “caffè d’orzo”) également consommé en France pendant les deux guerres.




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